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Qu'est-ce qu'une image d'Épinal ?

C’est d’abord une image populaire…

 

L'imagerie populaire naît avec les techniques d'impression mécanique, d'abord la xylographie puis la gravure sur cuivre au 17ème, la lithographie au 19ème siècle, l'offset... Ces techniques successives permettent de reproduire à l'infini les sujets et de les diffuser à moindre coût au plus grand nombre de lecteurs.

Si jusqu'au début du 19ème siècle, l'imagerie sert la religion catholique dont elle est l'outil de propagande, elle se laïcise par la suite. À partir de 1830, elle participe à la construction du mythe napoléonien, elle se fait l'écho de l'actualité et dirige l'opinion pour les gouvernements successifs.

 

stluc

détail de St. Luc Evangéliste, 3e quart 18e siècle - 4e quart 18e siècle, André Basset, dit le Jeune, Paris, Coll. Musée de l'Image, dépôt MDAAC

 

Vers 1840, elle devient un instrument pour l'éducation de l'enfant. Pour la première fois, elle diffuse des sujets de littérature traditionnelle sous forme de vignettes, une formule qui fera les beaux jours et la réputation de l'imagerie dite d'Épinal. Quittant les sujets imposés de la littérature traditionnelle, des milliers d'historiettes au sujet moral et manichéen sont spécialement créés pour édifier filles et garçons... Pour l'éducation des enfants, les imagiers publient également des jeux, des théâtres de papier, puis à partir de 1860, des images à découper et à construire : architectures, poupées à habiller, tableaux animés à l'aide de tirettes...

À la fin du 19ème siècle, l'éducation et les loisirs des enfants sont devenus la principale préoccupation des imagiers. Mais la concurrence des éditeurs de librairies enfantines de plus en plus nombreux et spécialisés, rend difficile la survie d'une image qui reste dans l'esprit de tous une image « populaire » et dorénavant « enfantine ». Les imagiers – et surtout l'Imagerie d'Épinal – mettent alors l'esthétique de leurs créations au service de la réclame de toute sorte de produits de consommation. Les couleurs vives et primaires, la disposition en vignettes des historiettes de l'enfance attirent l'œil du passant auquel sont distribuées ces feuilles de réclame.

Qu'elle soit image de préservation, à décorer, à découper, édifier, jouer, informer..., l'image populaire véhicule toujours un sens, elle a une fonction.

 

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détail de Le petit costumier / Uniformes d'infanterie n°1, 1863, Pellerin & Cie, Épinal, Coll. Musée de l'Image, dépôt MDAAC

  

…appartenant à l’histoire d’une ville

 

Dans presque tous les pays d'Europe se trouvent des imagiers. En France, jusqu'au début du 19ème siècle, les imagiers d'Orléans, Chartres, Toulouse, Paris sont les plus réputés. Épinal est alors un petit centre de fabrication de cartes à jouer et quelques-uns de ses cartiers gravent également des feuilles « de saints ».

La Révolution transforme le paysage de ces artisanats. Rois et reines des cartes à jouer sont interdits, les représentations de saints et sujets religieux ne sont plus d'actualité. Beaucoup d'imagiers et de cartiers ferment leur boutique et changent d'activité. À Épinal, Jean-Charles Pellerin issu d'une longue lignée de cartiers reprend ses affaires sous l'Empire, un gouvernement politique qu'il approuve. Il réédite quelques vieux bois religieux conservés dans ses greniers et surtout, il est un des rares imagiers de province à réaliser une série de portraits des membres de la famille Bonaparte, de ses généraux, à décliner tous les prestigieux corps des armées impériales en soldats de papier, et à affirmer ainsi son soutien à l'Empereur Napoléon.

 

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détail de Chacun son métier, 1835, François Georgin, graveur, Pellerin, Épinal, Coll. Musée de l'Image, dépôt MDAAC

 

En retour, il obtient le très convoité brevet d'imprimeur que Napoléon dispense dorénavant avec parcimonie afin de mieux surveiller les imprimeurs. Les imagiers sans brevet qui souhaitent imprimer des textes sur les images doivent sous-traiter et donc augmenter le coût de leurs feuilles. Ils disparaissent très vite et les grands centres imagiers tels Chartres, Orléans et Toulouse s'éteignent avant 1830. Pellerin, lui, innove, mécanise, agrandit. On aime ses images car elles sont coloriées avec des couleurs vives, la « mine orange » surréaliste plaît et d'autres imagiers à Montbéliard et Belfort le copient.

Après quelques ennuis lors de la Restauration en 1815, il réitère son attachement à l'Empereur en éditant une série de grands formats à la gloire de Napoléon qui établit définitivement la réputation de l'Imagerie d'Épinal. Au cours du 19ème siècle cette réputation ne fait que s'amplifier malgré une concurrence très âpre dans le grand Est à Metz, Wissembourg, Pont-à-Mousson... et même à Épinal, le dessinateur de Pellerin, Charles Pinot, crée une imagerie concurrente. Cette guerre économique favorise une émulation qui pousse chacun des imagiers à se surpasser et à sans cesse à innover. Les années 1850 à 1870 constituent l'âge d'or de l'imagerie populaire... dont l'imagerie des Pellerin sort grandie.

 

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détail de Le petit chaperon rouge, entre 1858 et 1872, Thomas, Metz, Coll. Musée de l'Image, dépôt MDAAC

 

L'« image d'Épinal » est d'ores et déjà l'appellation générique de toute image populaire. Metz et Wissembourg sont annexées à l'Empire germanique en 1870 et perdent leur accès au marché français. L'imagerie Pinot périclite après la mort de son fondateur en 1874. Pellerin la rachète et 1888 et peut écrire « Nous sommes redevenus d'Épinal à nous seuls ».