Rome, la neige en août

Dans le Bas-empire romain des années 350 apr. J-C, les luttes pour affirmer la légitimité de Constance II face aux usurpateurs font rage. Fils de Constantin, cet empereur qui a été éduqué dans la religion chrétienne, soutient l’Église et ses actions contre le paganisme, encore très présent. L’affermissement de la nouvelle religion s’appuie sur la création de lieux de culte voués à des patrons capables de contrecarrer les anciens dieux, et plus spécialement à Rome, La Ville. Et pour cela, le recours aux miracles est une pratique commune…

Ainsi en est-il de la fondation de l’église Santa Maria ad nives, qui deviendra en 432 apr. J-C, Santa Maria Maggiore , une des quatre basiliques papales de Rome.

La fondation de cette église est l’objet d’une légende : en 352 apr. J-C, Giovanni, un riche patricien romain et sa femme souhaitaient construire une église à la gloire de Marie. La nuit du 4 au 5 août, le couple fit un rêve, conforté par celui du pape Libère : Marie leur indiquerait le lieu de la future construction en faisant tomber la neige, ce qui est pour le moins miraculeux en ces nuits estivales et brûlantes de Rome.

Dans la nuit, la neige tomba sur la colline de l’Esquilin, une des sept collines de Rome, la plus éloignée du Tibre. Et dans la neige, le pape Libère dessina le plan de la future église, la première de la chrétienté à être vouée au culte marial.

Le miracle fut peint par Masolino, Grünewald…

Le culte se diffusa très vite en Italie ou en France ou même jusqu’au Québec ensuite, où les églises sous le patronage de Notre-Dame des neiges – et le climat l’impose – sont en abondance.

Aujourd’hui, tous les 5 août, une pluie de pétales de fleurs blanches tombe des voûtes de Santa Maria Maggiore, pour commémorer le miracle mais, sur le parvis, la fête désormais tient plus de la manifestation populaire et touristique que religieuse.

Qu’importe. Voir la neige, même artificielle, dans le ciel romain tient vraiment d’un prodige…

UN DESIR FRUSTRE, 2011
Frédéric Coché, série "La mort du roi"
gravure, 17,5x12,5 cm
Courtesy Galerie La Ferronerie, Paris