« Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait…»

Victor Hugo, Les Châtiments, L’Expiation, 1841

« Derrière notre dos s’élevaient les flammes et la fumée des incendies et on entendait toujours plus proche le bruit des canonnades […] Je piétinais avec force la neige en dehors du chemin. Je marchais de plus en plus vite et j’avançais bien […] À travers la steppe se déroulait la colonne qui disparaissait derrière une colline, loin. C’était comme une rayure, comme un S noir sur la neige blanche. Cela me semblait impossible que tant d’hommes soient là en Russie, une colonne aussi longue. Combien de postes avancés comme nous y avait-il donc ? C’était une colonne si longue que je la revis des jours et des jours, et qu’elle resta pour toujours dans ma mémoire. »

Mario Rigoni-Stern, Le sergent dans la neige, 1953