« Cheap land », un territoire banal

Les photographies de Richard Petit sont des paysages de montagne enneigée où, bien qu’aucun homme jamais ne soit visible, sa présence est constante par ses interventions qui se détachent sur le blanc de la neige.

La recherche du paysage qu’il choisit de photographier passe avant tout par une pérégrination, dans des conditions qui prennent en compte l’attente, le froid, la lourdeur du matériel. Ensemble de procédés semblables à ceux que la montagne exige des montagnards qui l’escaladent, regard attentif et lent, aucune précipitation, résistance et obstination. Ces photographies à la chambre nécessitent une vraie concentration.

Dans ses photographies, rien ne permet de situer la place du regardeur : il est de face, loin. Une vraie distance nous est imposée face au paysage photographié, distance physique mais aussi émotionnelle. Nous ne sommes ni proches, ni dans l’image, le paysage vit sans nous.

S’il s’agit bien d’une série, chaque image n’hésite cependant pas à être à la lisière et à reconstruire des sous-ensembles. Le regard s’approche plus ou moins, les paysages se font plus minéraux ou plus construits, la neige est un manteau ou un simple banc de neige, isolé sur une montagne dénudée. Seul le ciel reste uniformément blanc, plombé, souvent sans limite avec la montagne. Sans repères, formes, plans, perspectives se confondent pour nous donner une image plane et verticale.

De grand format, la veduta s’impose, précise. On peut y rechercher des détails, des formes, des rapports, presque des souvenirs. Les images de Richard Petit oscillent incontestablement entre le sublime et le banal – la montagne et les piliers des remontées mécaniques – entre sacré et profane. Elles montrent à l’évidence que la nature et l’homme, s’ils restent en équilibre, vont ensemble. Les scarifications de l’homme sur les flancs de la montagne la rendent remarquable, non seulement par son seul mérite mais aussi par ce que l’homme a gravé sur elle.

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SANS TITRE, extrait de la série "Cheap Land"
Richard Petit
photographie, 100 x125 cm
Richard Petit/Courtesy Galerie Voies Off, Arles